Maryse, aide-soignante de nuit : café, sucre et vigilance en quart de 12h
- Kapitch Wellness

- 23 juil.
- 4 min de lecture
Maryse est aide-soignante en maternité à l'AP-HP de Bondy, en Seine-Saint-Denis (93). Depuis 10 ans, elle travaille la nuit. Pas parfois, pas en rotation — la nuit, toujours. Elle fait partie des 11 % de salariés en France qui fonctionnent à contre-courant du monde et leur proportion augmente ces dernières années (1-3).

C'est lors d'un atelier animé de nuit par Kapitch Wellness pour le personnel de l'AP-HP que nous l'avons rencontrée. Une pile électrique, épanouie dans son métier — mais qui avouait volontiers : "En période de stress, je bois du café et je grignote du sucré. C'est automatique... mais je crains la prise de poids."
Bienvenue dans notre série Portraits Terrain — ces salariés que nous accompagnons au quotidien et qui nous apprennent autant qu'on leur apprend.
Une nuit, ça ressemble à quoi ?
Maryse arrive en poste à 21h. Elle repart à 7h du matin — après 10 heures passées à prendre soin de mamans et de nouveau-nés. Les nuits sont actives et souvent imprévisibles : « la plupart des accouchements ne sont pas programmés », sourit-elle.
Entre deux changes, deux appels, deux rondes, elle grignote ce qu'elle trouve. Ce que les distributeurs proposent. Ce que les collègues ont apporté. Souvent du très sucré.
"La nuit, le cerveau cherche de l'énergie rapide. Le sucre répond vite — trop vite. Et deux heures après, c'est l'effondrement."
Ce que Maryse vivait intuitivement, la chronobiologie l'explique : en pleine nuit, l'horloge interne est au plus bas. Le métabolisme ralentit, la vigilance chute naturellement. C'est la zone de danger : des creux de vigilance circadiens pendant la nuit où les erreurs et accidents sont plus fréquents
Le café : ami ou ennemi de la vigilance nocturne ?
"J'en bois 5 à 6 par nuit", nous confie Maryse sans détour. Une habitude partagée par beaucoup de soignants et d’autres salariés en mode « veille ».
Le café est efficace — jusqu'à un certain point. Au-delà de 400 mg de caféine par jour (soit 4 expressos), les effets s'inversent : agitation, palpitations, sommeil de récupération dégradé.
Ce qu'on a travaillé avec Maryse lors de l'atelier :
Décaler le premier café à 30 minutes après la prise de poste — pas immédiatement
Éviter tout café après 3h du matin pour ne pas perturber le sommeil du lendemain
Alterner avec des infusions ou de l'eau pétillante pour maintenir l'hydratation sans caféine excessive
L'astuce café-sieste : boire un café juste avant une micro-sieste de 20 min — la caféine agit au réveil
Que manger (et boire) pour tenir la nuit ?
C'est la question centrale de l'Assiette de la Vigilance — notre outil pédagogique développé pour les salariés en horaires atypiques. Pour Maryse et ses collègues, on a travaillé trois points concrets :
Avant la prise de poste (19h-20h)
Un repas équilibré, ni trop lourd ni trop léger. Des sources de protéines (viande, poisson, œufs, légumineuses, produits laitiers) pour tenir la nuit. Des féculents à index glycémique modéré (pain complet, riz basmati de la veille, quinoa). Éviter les plats très gras qui ralentissent la digestion et alourdissent.
En milieu de nuit (1h-3h)
La collation de nuit est indispensable — mais elle doit être intelligente. Une banane, quelques noix, un yaourt nature, un œuf dur, un morceau de fromage. Pas de viennoiseries, pas de barres chocolatées : le pic glycémique accélère la chute de vigilance dans les heures qui suivent.
En fin de poste (5h-7h)
Ne rien manger ou très peu. L'organisme et son horloge biologique commencent à se préparer au réveil — alors que Maryse va bientôt se coucher. Un repas lourd à cette heure perturberait son sommeil de récupération. Une banane ou un fruit suffisent si la faim se fait sentir. La petite touche sucrée peut faciliter la transition l’endormissement.
Et le sommeil de jour — comment ça se passe pour Maryse ?
Rentrer chez soi à 7h du matin quand le soleil se lève, les enfants partent à l'école et la rue s'anime — c'est un défi quotidien. Maryse a appris à ritualiser sa descente : volets fermés, téléphone en silencieux, bouchons d'oreilles.
Elle dort de 8h à 15h — un sommeil de récupération partielle, jamais totalement réparateur.
Malgré tout, Maryse nous dit : « J'aime travailler la nuit, c’est un autre rythme, on peut prendre du temps pour faire les choses. Le matin quand je rentre, je dors ! En après-midi et en soirée, priorité à ma famille. Nous dînons toujours ensemble. Garder ces petits rituels, c'est mon secret pour tenir. »
En conservant les habitudes importantes à ses yeux, voici ce qu'on lui a conseillé :
Porter des lunettes teintées orange en rentrant du travail — elles bloquent la lumière bleue du matin qui stoppe la mélatonine
Ne pas manger un repas lourd en arrivant chez soi
Prévoir une sieste courte de 20 minutes en fin d'après-midi si le réveil a été difficile
Ce que Maryse a changé après l'atelier
"J'ai arrêté le café après 3h. J'ai commencé à préparer ma collation de nuit avant de partir — des noix et un yaourt. Et j'ai acheté des lunettes teintées pour le trajet du matin. J'ai l'air ridicule mais je dors mieux."
C'est ça, le terrain. Pas des grandes révolutions. Des ajustements concrets, adaptés à une vraie vie de soignante de nuit.
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Sources :
Dares, 2024.
Santé Publique France, BEH 2019.
INSEE, Enquête Emploi 2024.




